ODEUR DE RUELLE (extrait d'un poème de Yannick B. Gélinas, tiré du livre MORDRE publié chez Planète rebelle)
Ma ville s'élance après un long sommeil. Montréal a médité, Montréal accroche des sourires aux visages crispés de souvenirs. Rocher happé sous les nues, ma bouche te porte au loin. Le Saint-Laurent danse de te savoir qui revient.
Atroce bordure de trottoir, ta joue est une flaque d'eau sale, bouillante de l'huile des espoirs mal fardés au port de ma ville. Ta joue est le seul parfum d'une cour arrière irrespirable. Vent de ruelle.
Montréal la grande te jappe en pleine gueule. Je t'arpente comme un passé maigre, je tranche ta joue de flaque d'eau sale, seule arme fatale à l'entendement. Ta main est un toaster, je suis la miette oubliée sur le comptoir.
Montréal la belle jappe toujours.
Corde à linge suffocante, j'attache mon attachement avec des épingles bleues de plastique. Te voilà revenu, ton oeil rieur arpente le vent, remonte le poteau, file sur ma corde, ratisse le paysage du smog de la ville, avant de se poser sur le flottement d'une petite culotte humide que je viens d'accrocher.
Montréal la femme houle de ses hanches de Saint-Laurent, se parfume d'usine du bas de la ville et jappe encore.
À la corde ma culotte sèche dans l'été lourd incalculable. Ta joue tranchée de désirs exhume les feuilles mortes d'avant l'hiver. Ta flaque d'eau a séché, ma culotte aussi. Reste ta joue flambeau et ta main toaster. Je ramasse mes miettes pour te séduire.
Je suis Montréal. Je suis l'air de la ruelle. Je suis la shed et la corde à linge. Je te jappe en pleine gueule.
poème de Yannick B. Gélinas, tiré du livre MORDRE (Planète rebelle) |