Perfectionniste
Je me souviens des "butcheux" à l'école primaire. Ceux qui finissaient toujours avant les autres. Ils avaient 16/20 et ils étaient contents. Moi je besognais une heure de plus pour un 18/20. Ou pire, pour un 17.5/20. Ahhh. Misère! J'étais toujours la dernière à sortir de la classe, la dernière dans l'autobus, la dernière à entrer dans la classe (je plaçais tout en ordre dans mon casier). Je faisais des cauchemars horrible à cette époque; je manquais l'autobus, le train, l'avion, l'entrée en classe. Je courrais toujours après mon temps. Tout ça parce que je prenais mon temps. Aujourd'hui c'est très différent; je prends toujours mon temps pour faire bien les choses, mais je n'ai pas d'autobus à prendre car je travaille à la maison. J'ai réglé mon problème partiellement comme ça. Bon, je caricature un peu, mais c'est ça pareil.
Quand je fais un montage, on me paie pour être perfectionniste. Mon défaut prends soudainement de la valeur, il devient insipensable à la réalisation de mon travail, à la satisfaction de producteurs tout aussi perfectionnistes que moi. Je me sens alors parfaitement normale. Mais c'est pas normal du tout, en quelque sorte, de passer des jours et des jours pour faire une image ou un montage qui durera quelques minutes sous les yeux des autres. Mais je me dis que l'impression dans leur esprit est pour beaucoup plus longtemps. En fait, c'est ça le but. Faire du joli, du permanent, de la beauté qui marque et qui touche. Susciter une réflexion qui se perpétue dans les esprits. C'est prétentieux? Ouais, peut-être un peu, mais c'est nécessaire.
Je discutais l'autre jour avec un producteur télé de petites émissions pour consommation rapide (sans offence, stricte réalité). Les sommes dérisoires investies et le temps infinimum mis sur les émissions données à voir au public me désolent. C'est du fast-food de tivi. Mais c'est comme ça. La tivi, ce n'est pas de l'art. Mais pourquoi pas? Quand je regarde certaines séries américaines de haute qualité, quand je regarde certains programmes de télé-québec, je me dis que ça se peut, de l'art grand public. C'est visiblement des perfectionnistes qui ont fait ces contenus-là. Les butcheux, eux, ils ronflent devant leur poste allumé, à regarder leur fast-food de télé. Mais peut-être aussi qu'ils regardent de la belle télé pour s'inspirer, pour rêver.
Bon, je retourne gérer mon angoisse de perfectionniste. Car je vous ai pas dit ça; quand on est perfectionniste, on est aussi terriblement angoissés, parfois. C'est un package 2 pour 1. Yay.
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