lundi, décembre 12, 2005

Montagne russe québécoise

Je suis la lionne d'amérique. C'est mon chum qui le dit. Je suis la cigale. C'est ma mère qui le dit. Je suis la sauterelle. Mon chum encore, mes parents aussi. Je suis une montagne russe, c'est moi qui le dit.

Je suis branchée sur un sérum de bonheur intense depuis quelques mois. Je plane, nuage sous mes pieds quand je marche. Avec backs filps salto-arrières de joie, côté professionnel aussi. Mais ouille, je reste moi, complètement. Mes angoisses de femme anxieuse me ratrappent quand même. Rien à faire, je dois accepter, c'est moi aussi. Des grands soupirs dans la pointrine, des scénarios catastrophes dans mon imaginaire, des turpitudes inexpliquées bâties sur des détails anodins, extérieurs et intérieurs. Quand on carbure à la joie profonde et qu'on vit de sa créativité, il y a des épisodes anxieux que je ne semble pas être en mesure de skipper. Heureusement que mon homme est un modèle rare de calme et de détachement.

Vous auriez dû le voir vendredi soir. Il va sûrement vous raconter de son côté. Mais je vend la mèche, de toute façon chacun sa version, c'est chouette dans le monde des blogs. Nous sommes quand même un couple-blog, alors c'est normal. Mais je dévie. Je parlais de vendredi. Il m'a tellement impressionné. On est dans la voiture, route glissante, nuit, traffic de vendredi sur retour vers banlieue nord. Son téléphone sonne. C'est son ex. Mauvaise nouvelle, je l'entend dans sa voix. Cambriolage dans la maison. Les voleurs sont venus. Plus de télé, plus de Game Cube, plus de cd. Drame pour les enfants, surtout. Drame pour les enfants, exclusivement. Lui? Zen, rien, nada. "Pas grave, on avait rien à voler". Pas d'assurances, because post-divorce et papiers d'assurances en réaménagement. Zen, le monsieur. C'est un modèle parfait pour moi, celui-là. Lucide et détaché, fort et sensible, champion médaillé d'or en dédramatisation. 10/10. On arrive sur place, on calme les enfants, tant que faire se peu. L'ex est parfaite et gentille dans son rôle de maman. Je tiens bien mon rôle de blonde du père que les enfants aiment. La policière est habituée à ce genre de scénario, elle décode vite. Pas de malaise. Situation de stress gèrée parfaitement par les adultes que nous sommes. Le drame: les instruments volés, le trombone, la clarinette. Les instruments de l'école, le spectacle de l'harmonie avant Noël. Benjamin me demande, les yeux pleins d'eau. "Tu vas venir à mon spectacle, hein, Yannick". Et la Maman de répondre doucement: "Peut-être qu'il y aura pas de spectacle pour vous, Benjamin". C'est vraiment moche les cambriolages. Les voleurs n'ont pas de visage, pas de sentiments. Plus tard dans la soirée, en voulant préparer le souper, on ouvre le frigo. Dernière surprise de Sylvain: "Hey, ils ont volé mes côtelettes et mes pilons de poulet." Ils ont aussi pris la brique de fromage et les biscuits. Ils avaient faim, faut croire. Juste avant Noël. Dommage, ils ont oublié le fil de la console de jeu vidéo. Leurs enfants ne pourront pas jouer le 25 au matin. Ils seront sûrement très tristes.