Je porte une robe d'été en octobre
La légerté du temps est alarmante. J'ai entendu les oies passer au dessus de chez moi ce matin. Je suis tellement heureuse d'être sur leur route. La ville est un hasard pour elles. Le passage des oies vers le sud me rappelle que c'est la neige qui devrait être la prochaine étape dans le cycle des saisons. Les feuilles jaunissent et tombent dans l'air chaud de la ville, sous le soleil perplexe. Je n'ai pas envie de l'hiver. Ça me plait de travailler la fenêtre grande ouverte encore. Mon ami et voisin A. passe devant chez moi, un petit bonjour, on se raconte une tranche de quotidien. Hier il cherchait une idée car il s'occupe de la cérémonie pour marier une amie. Il est revenu de la librairie avec un recueil de Gaston Miron en main. Il avait trouvé. La poésie donne des questions assez grandes pour un moment important comme un mariage. C'est très étrange de se marier en 2005. Je crois que je le ferai aussi, quand même, si j'en avais la possibilité. Mais je suis si bien seule. C'est presque dangeureux. Serai-je capable de partager ma vie à nouveau, après toute cette quiétude, cette paix vaste et immense de la solitude? Chez moi jamais de cris, que mes chansons qui résonnent, mes pas de danse sur le plancher de ma cuisine, ma musique à fond, mes délires et mes grands jettés dans mon corridor interminable d'appartement montréalais. Tous ces amis qui me visitent en riant, en me confiant leur peine dans l'intimité de mon salon où je les reçoit, seule. Jamais je n'ai été si heureuse que dans ma solitude amoureuse entourrée d'amis. Et si ma vie c'était cela pour toujours? On dit souvent que nos créations sont nos enfants. Et si mes projets devaient être mes seuls enfants? Je devrai l'accepter, c'est tout. Mais le temps est bon, je suis jeune encore, et ma porte est ouverte avec toute cette chaleur...


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